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Décryptage du 23 octobre 2018

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Décryptage de l’information médicale par l’Institut Hospitalo-Universitaire Méditerranée Infection

Décryptages “fausse alerte”

Non, les dérivés actifs de l’oxygène ne sont pas nécessairement toxiques !

Dans un article datant du 16 Octobre 2018 1, le journal Le Monde résume les résultats d’une étude scientifique parue dans le journal Plos Biology dans laquelle les auteurs observent que l’exposition répétée de cellules d’insectes et de mammifères (y compris des cellules humaines) à des champs magnétiques de faible intensité stimule la production par ces cellules de dérivés actifs de l’oxygène 2.

Dans les premières lignes de son article 1, Le Monde qualifie les dérivés actifs de l’oxygène de « toxines ». Ce faisant, le journal laisse penser aux lecteurs que ces dérivés sont forcément mauvais pour la santé. Or, ces composés sont naturellement produits par le métabolisme normal de l’oxygène et interviennent activement dans la communication intercellulaire 3. Dès lors, en conditions normales (c-a-d lorsque la balance production-élimination de ces dérivés est maintenue à l’équilibre dans l’organisme), ces composés jouent un rôle de premier ordre dans le bon fonctionnement de notre corps 3.

Comme quoi, une fois de plus, tout réside dans l’équilibre !

 

  1. Le Monde. Des chercheurs montrent que les champs magnétiques agissent sur les cellules. Lien : https://www.lemonde.fr/sciences/article/2018/10/16/des-chercheurs-montrent-que-les-champs-magnetiques-ont-des-effets-sur-les-humains_5370290_1650684.html. Accès le 17/10/2018.
  2. Sherrard R, et al. Low-intensity electromagnetic fields induce human cryptochrome to modulate intracellular reactive oxygen species. PLoS Biol. 2018 Oct 2;16(10):e2006229.
  3. Wang H, et al. Magnetic Fields and Reactive Oxygen Species. Int J Mol Sci. 2017 Oct; 18(10): 2175.

 

Décryptages « de fond »

Espérance de vie, la mortalité globale et la mortalité associée à 250 causes de décès pour 195 pays et territoires entre 2016 et 2040 : les prédictions mathématiques ne peuvent pas prédire l’avenir

Où vivra-t-on le plus longtemps en 2040 ? C’est la question à laquelle le journal Midi Libre se propose de répondre, étude scientifique à l’appui 4, dans un article publié le 17 octobre 2018 sur son site internet 5. L’article en question, récemment paru dans le journal The Lancet, tente de prédire, modèles mathématiques à l’appui, l’espérance de vie, la mortalité globale et la mortalité associée à 250 causes de décès pour 195 pays et territoires entre 2016 et 2040 4.

Avec leurs articles 4,5, Midi Libre et The Lancet tentent tour à tour d’attirer à eux un audimat en quête de réponse quant à l’avenir de l’humanité. Malheureusement pour les lecteurs de ces articles, s’il y a bien une chose certaine ici c’est que l’avenir du vivant et des maladies infectieuses est impossible à prédire et ce quelque soit la complexité des modèles mathématiques utilisés 6. Parmi les échecs du passé confirmant cette réalité l’on peut notamment citer les scénarios catastrophes prédits pour les dernières épidémies d’Ebola 7 et de Zika 8 qui ne se sont, heureusement pour nous, jamais réalisés.

Sachant que de tels articles génèrent le buzz et que ce dernier est vendeur, il est très peu probable (si ce n’est impossible!) que les journaux tant scientifiques que généralistes se passent un jour de la manne financière qu’ils représentent. Dans ces conditions, il est nécessaire que tout lecteur analyse scrupuleusement les faits avant de croire ce qu’il lit. Bienvenue dans la matrice !

 

  1. Foreman KJ, et al. Forecasting life expectancy, years of life lost, and all-cause and cause-specific mortality for 250 causes of death: reference and alternative scenarios for 2016–40 for 195 countries and territories. The Lancet. 2016 October 16.
  2. Midi Libre. Où vivra-t-on le plus longtemps en 2040 ?
    Lien : https://www.midilibre.fr/2018/10/17/ou-vivra-t-on-le-plus-longtemps-en-2040,4736008.php. Accès le 19/10/2018.
  3. Raoult D. Microbe interactions undermine predictions. Science. 2011 Jan 14;331(6014):144-5.
  4. Perkins TA, et al. Model-based projections of Zika virus infections in childbearing women in the Americas. Nature Microbiology 2016;1(16126): 1-7.
  5. Meltzer MI, et al. Estimating the future number of cases in the Ebola epidemic--Liberia and Sierra Leone, 2014-2015. MMWR Suppl. 2014 Sep 26;63(3):1-14.

 

Décryptage « de fond »

Les effets positifs du bio restent à démontrer

La consommation d’aliments issus de l’agriculture biologique s’est largement développée ces dernières années en France, sans que beaucoup de preuves scientifiques n’aient étayé son intérêt pour la santé de ses consommateurs. C’est ce vide que tente de combler un article paru le 23 octobre 2018 paru dans le journal Sud-Ouest9 et citant un article publié dans la revue Jama Internal Medicine10 démontrant que les consommateurs de bio développent 25% de cancers en moins que les autres consommateurs.

Cependant, cette étude semble méconnaître certaines règles de l’épidémiologie. En effet, pour pouvoir comparer l’intérêt d’un régime alimentaire sur une population, il faut que les deux groupes comparés soient testés sur leur consommation « toutes choses égales par ailleurs ».

Or, quand une personne consomme des aliments bios, cela signifie par exemple qu’elle porte une attention à sa santé suffisamment importante pour qu’elle soit prête à dépenser davantage dans son alimentation. Cela va se traduire par d’autres comportements difficiles à quantifier. Il est donc difficile de conclure sur l’effet du « bio » seul sans avoir montré que tous les autres comportements à risque sont équivalents chez les deux groupes. Il faut donc rester prudent quant à la valeur des conclusions tirées par cette étude.

  1. Sud Ouest, Manger bio réduirait de 25% les risques de cancer, Lien : https://www.sudouest.fr/2018/10/23/manger-bio-reduirait-de-25-les-risques-de-cancer-5504438-4696.php, Accès le : 23/10/2018
  2. Baudry J, Assmann KE, Touvier M, et al. Association of Frequency of Organic Food Consumption With Cancer RiskFindings From the NutriNet-Santé Prospective Cohort Study. JAMA Intern Med. Published online October 22, 2018

 

Décryptage fausse alerte

L’augmentation du nombre de cancer est liée au vieillissement de la population

La Normandie s’inquiète : 3 décès sur 10 seraient dus à un cancer dans la Région. Ces chiffres, conséquents, peuvent inquiéter le lecteur.

Cependant, ces chiffres n’ont pas vraiment de sens quand ils ne sont pas mis en perspective avec d’autres données de régions comparables, et quand on constate que la Normandie connaît un vieillissement démographique plus marqué qu’ailleurs12.

Surtout, ils sont une conséquence logique d’un fait social évident : le vieillissement global de la population. Plus l’on avance dans l’âge, plus l’on est sensible aux trois grandes causes de mortalité liées au vieillissement : cancers, AVC, attaques cardiaques. Comme, et c’est une bonne chose, l’espérance de vie augmente, ces causes de mortalité sont de plus en plus fréquentes. Cela mérite des actions de prévention, mais pas une remise en cause globale de nos conditions de vie.

  1. La Manche Libre, trois cancers sur dix sont dus à une tumeur, Lien : https://www.lamanchelibre.fr/actualite-604173-mortalite-en-normandie-trois-deces-sur-dix-sont-dus-a-une-tumeur, Accès le : 23/10/2018
  2. L Brunet et al, Un vieillissement démographique plus rapide en Normandie, INSEE Analyses Normandie N° 49, 28/06/2018

 

 


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